Bien avant larrivée des colons,
le territoire occupé aujourd'hui par le Venezuela comportait
déjà ses occupants ayant fondé dautres
types de frontières et vivant en parfaite harmonie avec
la nature. Certains furent eux-mêmes envahisseurs. Discriminés
et exploités durant des décennies depuis la conquête
puis subissant des transformations dans leur mode de vie et
de pensée par les missions et le "progrès"
offert par l'état, les indigènes du Venezuela
ont difficilement gardé intact leur authenticité.
Mais une certaine méfiance vis à vis de l"étranger"
et un immense orgueil leur permet de préserver encore
certaines de leurs coutumes et croyances.
Divers groupes ethniques constituent la population
indigène du Venezuela et sont distribués sur tout
le territoire. Un regroupement linguistique permet de les relier
les uns aux autres quant à leur origine, sans tenir compte
de leur situation géographique. Il sagit des trois
grandes familles: Arawak, Caribe et Chibcha.
La plus ancienne et nombreuse est celle des
Arawak. Les groupes qui la composent actuellement sont principalement
les arawako du Delta Amacuro et de la zone en réclamation,
les guajiro situés dans létat du Zulia.
On rencontre également certains groupes dans létat
dAmazonie comme les kurripako et les baré. Ce sont
des peuples sédentaires. Leur mode de vie et habitats
sont profondément en relation à ce qui touche
leau et la navigation. Cest dailleurs par
ce moyen quà travers les rivières, ils se
sont répandus sur tout le reste du territoire. Ils ont
développé un type de construction sur pilotis,
palafitos. Leur artisanat, principalement vannerie et pirogues,
joue un rôle important dans leur vie quotidienne et sert
également de marchandises pour le troc.
Les tribus Caribe, contrairement aux Arawak
furent nomades et guerrières. Elles possédaient
une organisation et une hiérarchie militaire. A lintérieur
du groupe, cette hiérarchie se notait selon la coupe
de cheveux. Ils avaient lusage de flèches empoisonnées
et paraît-il pratiquaient le cannibalisme. Elles étaient
craintes par tous pour leur agressivité. Venue du sud
par lAmazonie, descendantes de tribus du Brésil,
elles se sont répandues en grande majorité sur
la côte est du pays repoussant les Arawak puis dans la
région de Guayana. Cest aux alentours du 15ème
siècle quelles envahirent les Antilles. Aujourdhui,
elle inclut les tribus pémon, panare, mariquitare (guayane
et Amazonie), cumanacotos, caribe (Anzoategui, Sucre), etc
Pratiquant lagriculture, la chasse et la pêche comme
moyen de subsistance, ces tribus sont aujourdhui sédentaires
et ont un mode de vie communautaire. Elles ont gardé
en commun la particularité dévoquer les
ancêtres mythologiques dans leurs légendes et leurs
pratiques rituelles.
La troisième famille, dont peu dethnies
ont survécu jusquà aujourdhui, dû
entre autre à leur intégration est celle des Timoto-Cuicas
ou Chibcha. Entrée par les Andes, ces tribus formèrent
les groupes indigènes les plus avancés tant dans
leur organisation sociale (système de castes) que dans
leur activité agricole (cultures en terrasse sur les
pentes des montagnes), et dans la pratique de lélevage.
Leurs constructions sont de pierres et de terre et originellement
communales, bohio. Mais en raison de la propagation des maladies
dues à la promiscuité, elles sont aujourdhui
familiales. Parmi ces rares ethnies, les plus notables sont
les barí o mutilones dans létat de Zulia
et les Tunebo de létat de Barinas.
En dehors de ces troncs linguistiques existent
quelques ethnies indépendantes dont le langage na
pu être classifié. Parmi elles, les plus importantes
sont les yanomami de lAmazonie et les warao du Delta Amacuro.
En grande majorité, ces tribus sont arrivées
par le sud du pays, traversant lAmazonie dans un premier
temps. 6.000 ans avant Jésus Christ, certaines formaient
déjà des groupes socialement organisés
et vivant de lagriculture. Aujourdhui, linfluence
de ces ethnies est importante dans le pays. Si lon regarde
sur une carte, la majorité des noms de lieu, villes ou
rivières portent des appellations indigènes.
Bien que venus de souches différentes,
ces groupes ont en commun une organisation communautaire pour
le travail et la répartition des ressources et des récoltes.
Les tâches sont réparties selon lâge
et le sexe, ce qui permet une organisation où chacun
assume un rôle selon ses possibilités. Elles ont
développé entres elles depuis des générations
un système de troc qui de plus de leur apporter des échanges
matériels, leur permet davoir des contacts culturels
et jusquà engendrer parfois des unions matrimoniales.
La pratique de lagriculture sur brulis
(conuco) leur imposant parfois de ce déplacer sur de
longues distances tout en restant sédentaires ou de posséder
deux résidences est généralisée
chez les indigènes du Venezuela. La principale récolte
de ces conuco est la yuca (manioc), la banane et le maïs
dont ils confectionnent certains types daliment aujourdhui
profondément intégrés dans la culture créole
(casabe, arepa, bohio, etc
)
Aucunes de ces cultures nayant développé
de système décriture avant larrivèe
des missions, juste quelques lithographies, les légendes
transmises de générations en générations
sont un support au patrimoine culturel et religieux de ces peuples.
Elles assument également un rôle primordial dans
léducation formant dans lesprit des enfants,
dés le plus jeune âge, des critères de conduite
et déthique régis par une logique spirituelle
en relation aux phénomènes naturels (maladies,
orages,
).
Si le rôle des missions fut de transformer
ou dexterminer certaines pratiques religieuses en modelant
ces critères de base grâce à léducation,
elles leur permettent, par contre, davoir un moyen de
se défendre face au monde "civilisé"
en accédant à certains postes gouvernementaux
afin dêtre mieux représentés dans
la politique du pays. Depuis la colonisation, elles ont joué
un rôle dethnologue et de linguiste.
Aujourdhui, grâce aux parques nationaux,
certaines ethnies sont nettement valorisées et ont lopportunité
de conserver un mode de vie traditionnel en accord avec le milieu
naturel. Le rôle de chacun, visiteurs, est de respecter
leurs principes, leurs croyances et leurs valeurs et déviter
dans la mesure du possible les comportements inadéquates.
Leurs permettre une participation active dans le domaine du
tourisme est une richesse quant à lenseignement
que chacun peu en tirer. Nul n'est mieux placé queux
même pour nous transmettre et nous faire connaître
la culture et le milieu avec et dans lequel ils vivent.