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Vous pouvez faire avec un minimum d'équipement
une expédition très originale et sauvage sur
l'un des plus grands affluents de l'Orénoque, le Rio
Caura. Ce grand fleuve au débit important trouve sa
source tout au sud du Venezuela, à la verticale de
Caracas, et traverse l'immense forêt pendant plusieurs
centaines de kilomètres. Les paysages sont superbes
et grandioses. De grands rochers et de superbes plages sculptent
le fleuve. La communauté indienne Yekuana vit tout
au long du fleuve, dans de petits villages que vous rencontrerez
toutes les 2 ou 3 heures. Leurs maisons au toit de feuilles
sont magnifiques, et réputées pour leur perfection
dans tout le Venezuela. De plus en plus, il est fait appel
à leurs services pour la construction de campements
touristiques ou de restaurants typiques. Leur artisanat est
lui aussi de qualité, et vous y trouverez de magnifique
paniers tressés, et des pièces en bois noble
d'une qualité sans pareil. Ce sont aussi les meilleurs
constructeurs de pirogues.
Pour vous rendre au Rio Caura, il vous faudra compter entre
3 et 4 heures de route. Si vous voulez bien profiter du fleuve,
il vous faudra rester au grand minimum 3 jours sur place.
La meilleure époque pour cette expédition est
de janvier à mai, quand les eaux sont basses. Les plages
et les îles qui en font la beauté du fleuve sont
alors découvertes, et la pêche est abondante.

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Pour vous y rendre
A partir de Ciudad Bolivar, prenez la route qui se dirige
à l'est vers Caicara del Orinoco. Juste après
avoir passé le Rio Ajo, à 100 km, se trouve
une pompe à essence où vous aurez intérêt
à compléter votre plein d'essence. Un peu après,
vous pourrez faire une petite pause dans le petit restaurant
créole, au toit de palme, que vous verrez sur votre
droite. Les propriétaires vous serviront du jus de
fruits frais et vous pourrez vous y restaurer dans une ambiance
naturelle. Un peu moins de 100 km plus loin, à La Tigrera,
vous trouverez sur votre droite un petit kiosque appelé
Jugos Caura, où vous trouverez un choix important de
jus de fruits naturels et délicieux. A une vingtaine
de km de là, avant d'arriver à Maripa, part
sur la gauche une piste en direction de Las Trincheras (vous
êtes à environ 2h30 de Ciudad Bolivar). Il vous
faudra un peu plus d'une heure pour rejoindre Las Trincheras.
A la première fourche que vous rencontrerez, dans un
bois, prenez à gauche. A la deuxième, moins
prononcée, à une dizaine de km de là,
prenez à droite. Prenez votre temps sur la piste, elle
n'est pas toujours en don état. Pendant chaque saison
des pluies, des ravines se creusent et suivent ou traversent
la piste. En saison sèche, une année sur deux
environ, un bulldozer passe pour la rectifier. Vous devriez
tout de même passer avec une voiture de tourisme classique,
en étant prudent dans les endroits un peu abimés,
et s'il ne pleut pas. Si vous aimez l'aventure, vous pouvez
vous faire déposer à l'entrée de la piste
par un des por puesto qui partent de Ciudad Bolivar pour Puerto
Ayacucho. Prenez un billet pour Maripa, et dites au chauffeur
de vous laisser au début de la piste. Après,
il ne vous restera plus qu'à faire du stop.
La piste qui conduit à Las Trincheras quitte une savane
arborée et s'enfonce dans une superbe forêt.
La terre est rouge. Vous êtes dans un autre monde.

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De Las Trincheras au Salto Para
La première maison, sur la gauche, abrite le senor
Roger (imprononçable en espagnol, prononcer le g comme
un r aspiré). Il pourra vous emmener si vous êtes
déjà équipés (hamacs, glacières,
etc.). Sur la petite place, à côté de
la churuata (lexique), se trouve la maison de Jonas. S'il
n'est pas là, un de ses frères ou de ses amis
pourra vous emmener. Il a tout le matériel nécessaire
chez lui. Avant de partir, il vous faudra probablement perdre
2 ou 3 heures, le temps de faire le plein des bidons d'essence
à Maripa, et d'y compléter vos provisions si
vous n'avez pas tout prévu (prévoir en plus
pour le conducteur de la pirogue et son aide, n'oubliez pas
de remplir au moins une glacière de glace).

Le campement de Philippe Lesné,
à 1/2h de Las Trincheras
Il vous faudra compter 8 heures de bateau environ avant d'arriver
au Playon, une immense plage qui marque la fin du bas Caura.
Il est préférable de prévoir 2 jours
pour cette remontée du fleuve. Vous pourrez loger au
village indien du Nichare, à mi-chemin, ou a Suruape,
1 heure plus loin. Le Nichare est un affluent important du
Caura. Le village indien installé aux confluent des
2 fleuves comporte une quinzaine de maisons indigènes,
et représente le centre de la vie indienne sur le fleuve.
Un poste de radio leur permet de se communiquer régulièrement
avec les communautés du haut Caura. Une des indiennes
y a suivi une formation d'infirmière, et un petit dispensaire
a été créé. Une petite école
accueille les enfants du village, auxquels viennent se joindre
les enfants du village voisin de Surapire. Le village du Nichare
contrôle plus ou moins l'accès au Rio Nichare,
réputé très poissonneux. Après
une journée de pirogue sur ce fleuve, on a la surprise
de découvrir des eaux translucides, et une faune variée
que l'on peut observer comme dans de grands aquariums. Un
village de l'ethnie Sanemàs, beaucoup plus pauvre,
vit dans ces parages en bordure du fleuve.
Le soir, vous aurez une agréable surprise en découvrant
l'absence presque totale de moustiques (ce qui n'est pas le
cas à Las Trincheras).
Du playon, il vous faudra bien 2 heures de marches en pleine
forêt, sur une piste bien tracée, pour arriver
jusqu'au Salto Para, magnifique chute d'eau de 65 m. Quelques
bâtiments dénaturent le paysage. Ils ont été
laissés après des études visant à
installer une centrale Hydroélectrique, projet qui
fut par la suite abandonné. Vous me direz qu'il vaut
mieux les bâtiments sans la centrale que la centrale
sans les bâtiments... En haut des chutes, les indiens
vous réclameront un droit de visite. Il est toujours
mieux de se faire accompagner sur les pistes. Si vous le lui
demandez, votre guide pourra vous faire passer, sur la deuxième
partie du retour (au niveau de la petite air de repos), par
un autre chemin. Vous y bénéficierez d'un panorama
unique sur la forêt et le fleuve. Sur le Playon, évitez
de marcher pieds nus : des petites puces de sable pourraient
vous piquer la plante des pieds, et un petit oeuf grandirait
sous votre peau, provoquant de terribles démangeaisons.
Il vous faudra dans ce cas attendre 2 ou 3 jours que celui-ci
mûrisse, puis l'inciser en surface (la peau à
cet endroit est insensible). Vous viderez la minuscule cavité
et la nettoyez bien avec un antiseptique. Cela vous paraît
probablement peu ragoûtant mais dites-vous que c'est
comme si vous aviez un petit bouton sous la peau.
Pour le retour à Las Trincheras, compter 6 heures.

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Quelques conseils
Emportez un parapluie assez solide (vous pouvez en acheter
dans les bazars de Ciudad Bolivar). Il vous protégera
du soleil pendant les longues heures de pirogue, et de la
pluie en saison des pluies.
Si vous le pouvez, achetez quelques cahiers scolaires et des
crayons à papier (les stylos ne durent pas longtemps)
que vous pourrez donner aux enfants indigènes des villages
de Nichare et de Suruape. Ils vont tous à la petite
école du village de Nichare. Un dispensaire démuni,
géré par les indigènes dans le même
village, recevra avec plaisir tout médicament.
Plutôt que dormir à Las Trincheras, préférez
rester sur le fleuve, à une heure de pirogue, où
les endroits ne manquent pas (pas ou peu de moustiques, au
contraire du village de Las Trincheras).
Emportez du matériel de pêche. Même si
vous n'aimez pas pêcher, le conducteur de la pirogue
(que l'on appelle motorista) se fera un plaisir de pêcher
pour vous, et vos repas s'en ressentiront agréablement.
Prévoyez du fil fin et de très petits hameçons
pour pêcher les petits poissons qui serviront d'appâts.
Un fil un peu plus gros, de 40 centièmes, et des hameçons
d'1 cm ½ environ, seront utiles surtout dans la première
moitié du fleuve. Prés du Playon, il vous faudra
par compte du fil en 70 ou 80 centièmes, et de gros
hameçons de 5 cm, généralement les plus
gros vendus en boutique. Deux ou trois rouleaux en plastiques
vendus pour cet usage dans les magasins de pêche serviront
de cannes. Prévoyez des olives (plombs, "plomos")
et quelques bas de lignes en acier (du fil de fer fera aussi
bien l'affaire). La coutume est d'offrir au pêcheur,
à la fin du tour, une ou deux lignes toutes équipées.

Le Caura en période sèche,
peu après le village de Las Trincheras/ photo Philippe
Lesné
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