LA ROUTE DE LA GRANDE SAVANE (350 km)




L’unique route qui conduit à la Grande Savane part de la ville de Puerto Ordaz, ou Ciudad Guayana. Lors de la première partie du trajet, vous apprécierez la petite place de Guasipati, qui vous permetra de rompre avec une certaine monotonie des paysages. Les distances sont longues, et les paysages ne changent pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait. A El Callao, vous pénétrez dans l’une des principales zones aurifaires du Venezuela, et l’ambiance s’en ressent. Tout ici tourne autour de la mine. La plupart des hommes sont chercheurs d’or, indépendants ou employés d’une mine industrielle. Plusieures bijouteries, sur la première place du village, offrent un choix assez important, à des prix interressants. Ne manquez pas un arrêt sur la magnifique place de Tumeremo. Ses grands arbres couverts de bromélias et d’orchidées dispensent une ombre bienvenue et raffraichissante. A partir du kilomètre 0, soit à environ 260 km de route de Puerto Ordaz, vous entrez dans la forêt tropicale, forêt qui vous accompagnera jusqu’en haut du plateau de la Grande Savane. Cette réserve forestière couvre prés de 3 millions d’hectares. La route, en bon état, contraste avec les couleurs verdoyantes qui l’entourent. La puissance de la forêt est palpable. Il peut arriver de voir traverser une mygale ou un serpent. A quelques km du point 0, sur une route secondaire, se trouve le village d’El Dorado, réputé pour sa prison. Henri Charrière, plus connu sous le nom de Papillon, y passa un court séjour lors de son arrivée au Venezuela. Evitez la visite de ce village, digne de l’épopée du far west. Le kilométrage routier est maintenant indiqué à chaqsue tronçon de 2 km, et le restera jusqu’à la frontière brésilienne. Au km 4 se trouve un pont suspendu dessiné par Eiffel, reconnaissable à sa structure métallique. Au km 84, second foyer aurifère. A 1 km sur la droite, une véritable ville champignon s’est créé en quelques années. La visite de cette zone est intéressante et vous serez surpris par l’authenticité de ce village. Soyez discrets avec vos appareils photo et caméscopes, qui ne sont pas toujours du goût des mineurs.
Le km 88 est le dernier village que vous traverserez avant votre entrée dans le parc national. Ne manquez pas d’y remplir votre réservoir d’essence. Une quarantaine de km est ensuite nécessaire pour atteindre le plateau de la Grande Savane, à un peu plus de 1000 m d’altitude. Si le Salto El Danto, quelques km avant d’arriver sur le plateau, ne mérite pas l’intérêt que lui accordent les cartes touristiques, la végétation, typique des forêts tropicales humides, est par contre magnifique.
Le parc national est parcouru du nord au sud par une excelente route qui vous conduira jusqu’à la ville de Santa Elena. A partir de cette route partent plusieures pistes, en général assez courtes à l’exception de la piste de Kavanayen.


La piste de kavanayen est plutôt réservée aux véhicules à doubles traction, surtout en saison des pluies. Un véhicule de tourisme classique peut toutefois vous conduire à proximité du Chinack Meru, qui est certainement l’une des plus impressionantes des chutes d’eau du parc. Un peu de pirogue et une marche facile de 45 mn seront nécessaires pour apprécier ce magnifique spectacle. Descendez en bas de la chute pour mieux l’apprécier, et, si vous en avez le temps, poussez jusqu’au Pozzo Escondido, petite piscine naturelle agrémentée d’une cascade. Il vous faudra compter environ 4 heures, baignade comprise, si vous décidez de faire ce circuit complet. Un guide indien vous accompagnera depuis le village d’Iboribo, votre point de départ.

Un véhicule double traction vous sera indispensable pour visiter le chute d’eau du Toron Meru.


Le Toron Meru

Vous aurez une rivière à traverser, en serrant tout d’abord la berge sur la droite, puis en coupant perpendiculairement. S’il pleut ou si la pluie menace, ne vous engagez pas sur cette piste car votre retour peut s’avérer impossible, même équipé de bon pneux. Une forte pente devient en effet glissante comme du savon et vous ne maitriseriez plus votre véhicule. Cette chute d’eau de 75 km de hauteur, coulant sur un escalier de jaspe, est splendide vue d’en bas. La piste s’arrête malheureusement en haut de la chute, et la descente et la remontée, par un petit sentier assez escarpé, sont assez dificiles.
Après 27 km de piste, vous verrez sur votre gauche quelques batiments. Il s’agit de la station de Parupa, qui effectue des recherches sur le stabilisation des sols en Grande Savane, sur les cultures possibles, etc. Vous y serez toujours très bien reçu. Dans une grande salle y sont présenté travaux, cartes, et de magnifiques maquettes de tepuys. N’hésitez pas à vous arrêter, les employés auront autant de plaisir à vous recevoir que vous à les rencontrer.
Au bout de la piste de Kavanayen, vous aurez la surprise de découvrir une mission capucine assez imposante, et inatendue dans ce paysage perdu. La vue panoramique à partir du village est exceptionnelle.


La route de Santa Elena.
Le Salto Kama, au km 201, est une chute d’eau d’une soixantaine de mètre. Quand les eaux ne sont pas trop fortes, des indiens vous proposent de descendre en bas de la chute et d’en faire le tour en pirogue. A ne pas manquer, frissons garantis !
A la quebrada de Pacheco, au km 238, on vous indiquera le chemin pour aller au pozzo Cristal, une des plus belles piscines naturelles du parc, à ½ heure de marche environ. A quelques 200 m du parking, en amont de la rivière, vous pourrez voir une petite cascade et un bassin aux eaux cristallines. Ne manquez pas de vous y baigner, vous serez surpris par l’agréable température de l’eau.
Le Salto Yuruani, au km 252, se voit trés bien du pont qui enjambe la rivière. Vous pouvez vous en approchez par l’une des 2 pistes qui y conduisent de chaque côté de la rivière. Protégez-vous, les jejenes, petits moucherons à la piqûre redoutable, abondent dans ce secteur.
Les véhicules à double tractions pourront s’engager au km 260 sur la piste qui conduit au village de Paraï Tepuy. Là encore, ce détour est à éviter si le temps est pluvieux. Il vous faudra ¾ d’heure environ pour atteindre ce magnifique petit village indien, perdu à quelques 2500 m d’altitude. Les habitants ont conservé ici leur mode de vie traditionnel. Le temps s’écoule à un rythme tranquille, où le moment présent prend toute son importance. Les villageoix, malgré un abord réservé, s’ouvrent facilement si vous faites le premier pas. D’une petite butte qui surplombe le village, vue panoramique à 360° sur toute la grande Savane, et en particulier sur quelques uns des plus grands tepuys, dont le fameux Roraïma. Ce mirador naturel n’a pas d’équivalent sur l’ensemble du parc.
La Quebrada de Jaspe, au km 277, est l’un des joyaux de la Grande Savane. Le meilleur moment pour la visiter est entre 11h et 13h, lorsque le soleil tombe à la verticale, faisant resplendir les magnifiques couleurs du jaspe. Protégez-vous contre les jejenes. Attention aux chutes sur le sol glissant. Déchaussez-vous au bord de la rivière et marchez en chaussettes, vous y gagnerez beaucoup d’assurance.
Au km 323, Santa Elena, ville frontière avec le brésil, vous charmera avec ses petites rues commerçantes. Ambiance d’été teinté de Brésil.
Les véhicules de location ne peuvent pas franchir la frontière. Si vous n’êtes pas dans ce ce cas là, vous pourrez faire un petit tour à la ligna, à 25 km de Santa Elena, et acheter le necessaire pour préparer une Caïpirina, le fameux cocktail brésilien. Les douaniers, si vous leur demandez, vous tamponneront votre passeport aux couleurs du Brésil.

Excursion au Roraïma.

Le Roraïma est le seul tepuy que vous pourrez visiter. Vous reviendrez enchanté de ce treking, facsiné par des paysages appartenant à un autre monde. L’excursion se fait à partir du village de Paraïtepuy, perdu à quelques 2.500 mètres d’altitude, que vous ne pourrez joindre qu’en véhicule double traction. Prendre la piste qui y conduit au km 260 (1h30 de piste environ). Il faut compter à peu prés 1 jour et demi de marche pour atteindre le plateau, soit un minimum de 4 jours pour cette excursion. La présence d’un guide indien, que vous trouverez au village de Paraitepuy, est obligatoire. Ceux-ci sont très efficaces, sérieux et entrainés. Si vous n’êtes pas équipés (tente et duvets), il vous faudra passer par une agence de tourisme, à Santa Elena ou à San Francisco de Uairen, qui vous organisera toute l’excursion au meilleur prix. Avec le village de Paraitepuy, vous quitterez le dernier bastion de la civilisation et vous ne pourrez plus compter que sur vous-même et votre équipement. Vous trouverez pour étancher votre soif de l’eau potable tout au long du parcours. Quelques pastilles servant à purifier l’eau peuvent être utiles aux plus prudents. Emportez quelques vêtements chauds et un poncho, les nuits sur le plateau sont parmi les plus fraiches de la grande savane. Enfin, ne vous aventurez pas seul en excursion sur le sommet du tepuy. On dit que 100 mètres suffient pour perdre ses repères et s’égarer.

« Roraïma, la montagne de cristal »
« j’ai été informé au sujet de l’existence de la montagne de cristal, que nous n’avons pu atteindre en raison de la distance et de la saison, mais nous la vîmes de loin, et elle ressemblait à la tour d’une cathédrale. D’en haut tombe une rivière, qui ne touche pas la paroi de la montagne car elle se jette dans l’air, et produit en tombant le son de 1000 cloches gigantesques. Je ne crois pas qu’il existe au monde une cascade si grande et si merveilleuse. Berreo m’a dit qu’à son sommet se trouvaient des diamants et des pierres précieues que l’on voit briller de loin. Mais ce qu’elle contient, je ne le sais pas, ni lui, car aucun homme n’est jamais arrivé à grimper en haut en raison de l’hostillité des habitants et des difficultés que l’on rencontre pour avancer »
Sir Walter Raleigh. « The discovery of the large rich and beautiful empyre of Guiana », édité en 1596

« Ces montagnes ressemblent à des forteresses inexpugnables construites sur une montagne de 2000 m, avec des parois de 400 à 600 m de hauteur... »
(durant l’ascencion) « ...Le sol était extrèmement glissant, en raison des pluies torrentielles qui étaient tombées, et cette difficulté était accentué par la présence d’une mousse spongieusequi nous faisait tomber. Le sol était encombré d’une plante de la famille des ananas, qui couvrait le terrain avec une telle densité que nous devions marcher sur elle, glissant et nous mouillant dans l’eau que retenait ses feuilles... »
(au point d’arriver en haut) « ...Seule la hauteur d’une marche manque pour amener nos yeux au niveau du sommet et nous verrons ce qui jamais n’a été observé depuis la naissance du monde. Nous verronsce que tous les hommes blancs ou colorés dont les yeux se sont posés sur cette montagne ont pensé n’être jamais connu tant qu’existerait le monde. Nous saurons ce qu’il y a sur le Roraïma ! »
Everad Im Thurm et Harry I. Perkins. 18 Décembre 1884.

Excursion à El Pauji.

Deux à trois heures de piste aprés Santa Elena se trouve le petit village de El Pauji, fondé il y a quelques dizaines d’années par de jeunes caraquéniens (habitants de Caracas). Vous y trouverez des gites ruraux, et pourrez faire de nombreuses excursions, comme la marche jusqu’à l’abismo, conseillée aux amateurs d’orchidées. Ambiance « cool ».

A emporter en Grande Savane.
Maillot de bain et shorts, bien sûr, mais aussi vêtements chauds. Les nuits sont souvent trés fraîches. Une paire de jumelle vous permetra de vous rapprocher des tepuys. Une bonne paire de chaussures vous sera indispensable si vous pensez descendre en bas des chutes. Vous trouverez d’excelentes cartes de la Grande Savane dans tous les « paradero », lieux de repos et de restauration du parc. Le premier d’entre eux se trouve au km 144, sur la gauche.

Précautions.
N’oubliez surtout pas de vous prémunir contre les jejenes, ces petits insectes désagréables. Attention où vous mettez pieds et mains, les serpents sont nombreux en Grande Savane. N’oubliez pas que la majorité d’entre eux chasse la nuit. Lors de vos baignades, attention aux glissades sur les rochers mouillés. Le meilleur remède: marcher en chaussettes! Enfin, à partir du km88, complétez votre plein d’essence à chaque fois que vous rencontrez une pompe à essence.

Itinéraire conseillé (5 jours, de Puerto Ordaz à Puerto Ordaz).

Aprés votre première journée de route, dormez au campement de Anaconda Tours, au km 84.
Le deuxième jour, rejoignez la piste de Kavanayen et continuez jusqu’à Iboribo, où vous arriverez vers 11h30, arrêts compris. Restaurez-vous dans un des 2 petits restaurants et visitez la chute du Chinack Meru. Vous pourrez ensuite continuer sur Kavanayen, où vous arriverez en fin d’aprés-midi. Nuit à la mission et repas dans l’unique petit restaurant du village.
Le troisième jour, retournez jusqu’à la route de Santa Elena et rejoignez le Salto Kama, au km 207. Pendant que l’on vous prépare votre repas dans l’un des 2 restaurants, descendez en bas de la chute et faites en le tour en pirogue. Dans l’aprés-midi, continuez jusqu’à la quebrada de Pacheco, où vous pourrez vous baigner dans le Pozzo Cristal, ou, si le temps est clair, poussez jusqu’à Paraïtepuy (piste au km 260). Vous pourrez dormir en hamac à Pacheco ou dans de petits hotels à San Francisco de Yuruani.
Dans la matinée du quatrième jour, vous avez le temps de visiter Santa Elena, La Ligna, et la Quebrada de Jaspe. Repas à San Francisco de Yuruani ou à Pacheco, dernier bain, et retour au km 84.
Le dernier jour, retur sur Puerto Ordaz, où vous arriverez en fin d’aprés-midi.