Les Indiens Waraos




Les indiens du delta de l’Orénoque sont connus sous le nom de Waraos. Les dénominations Guaraos ou guaraunos, que l’on peut rencontrer dans d’autres écrits, ne sont que les noms d’une des 5 ou 6 tribus que regroupait encore au début du siècle cette nation indienne. Si certaines différences de langue et de type persistent encore suivant la région du delta que l’on visite, le nom de Warao est désormais appliqué à l’ensemble des clans. Les indiens vivant prés de l’embouchure de Mariusa, sur le golfe de Paria, ont un physique très particulier. Leur visage est taillé au couteau, un peu à la manière des personnages de Corto Maltesse. Leur langage conserve des tournures et un vocabulaire que ne comprennent pas toujours les indiens venus de l’intérieur de delta. En fonction des variantes que l’on peu noter dans la langue Warao, 5 régions peuvent encore se distinguer. D’autre part, le travail, les ressources, et le mode de vie varient suivant le milieu. Les indiens de la côte vivent de la pêche et de l’exploitation du palétuvier, ceux de l’intérieur de la chasse et de l’exploitation du cœur de palmier.

L’indien Warao est tranquille par nature, et élimine automatiquement toute complication mentale. Le concept d’année solaire, avec sa division en mois et semaines, est récent pour lui et ne touche que les populations en contact avec la civilisation créole. L’année est marquée par la saison des basses et hautes marées, conséquence directe de la saison des pluies et de la saison sèche. Les journées sont rythmées par la marée montante ou descendante, qui peuvent se faire sentir à plus de 150 kilomètres de la mer, avec des différences de niveau de plus d’un mètre cinquante.

L’ethnie Warao est aujourd’hui plus que jamais en confrontation avec le monde civilisé, à un carrefour important de son évolution. Warao signifie en langue indienne " le maître de la pirogue ". Ce terme est trés largement justifié, comme vous pourrez vous en rendre compte si vous décidez de pénétrer dans les canaux. Leur pagaie en bois brasse l’eau d’une manière régulière, sans une éclaboussure, dans le silence le plus complet. La pirogue glisse sur l’eau, tourne sans aucun effort apparent ni changement de rythme, fait marche arrière pour sortir des frondaisons. Trés basses sur l’eau, petites et d’apparence instable, ces pirogues en mauvais bois ont une durée de vie assez courte, de l’ordre de 5 à 10 années. Elles sont par contre totalement adaptées au milieu dans lequel elles sont destinées à évoluer. Fines, elles se faufilent dans les canaux les plus encombrés et les plus étroits et, si elles prennent régulièrement l’eau, elles ne chavirent pas. Il n’y a pas de plaisir plus grand pour le touriste européen en soif d’aventure que d’évoluer dans ces petites embarcations au milieu d’une nature exubérante. Les oiseaux parmi les plus grands, du magnifique aras à l’aigle pêcheur, se laisseront approcher, observer et photographier.

La famille Warao vit sous des toits de palmes en bois. Ces constructions sans mur restent ouvertes sur l’extérieur. Leur toit en palme de temiche leur assure une étanchéité de quelques années. Elles sont surélevées de plus d’1 mètre pour échapper à l’humidité et à la marée montante. Toute le famille vit sous le même toit. Le régime étant matriarcale, l’homme vient habiter chez sa femme et s’installe chez ses beaux-parents. La nouvelle famille se réserve alors un coin du techo de palma. Il n’est pas rare de rencontrer ainsi plus de vingt personnes vivant sous un toit d’une cinquantaine de mètres carrés. Dans la journée, une partie des hamacs reposent sur les traverses pour ne pas gêner le passage. A la nuit venue, on les réinstalle, parfois sur plusieurs niveaux, les hamacs des enfants pouvant se superposer ou se croiser. Quand la situation devient vraiment inconfortable, l’une des nouvelles familles construit son propre techo de palma, en général dans le voisinage. L’entretien des techo de palmas laisse à désirer. Les troncs du palmier manaca, qui forment le plancher, pourrissent régulièrement et ne sont pas automatiquement remplacés. De même, des gouttières apparaissent peu à peu dans la toiture.

La nature nomade des Waraos explique cette insouciance vis à vis de leur foyer. Quand la maison est vraiment détériorée, il est temps pour eux de déménager. Ce mode de vie permet de ne pas épuiser toutes les ressources d’un même endroit. Depuis quelques dizaines d’années, Les familles deviennent plus sédentaires. Des petits villages sont créés, souvent sous l’impulsion du gouvernement qui cherche à regrouper ces Vénézuéliens d’une autre époque. La sédentarisation s’accomode mal avec les habitudes ancestrales du peuple warao. Les ressources locales s’épuisent, entraînant une malnutrition. L’habitat se détériore, les déchets s’accumulent, les conditions d’hygiène deviennent plus mauvaises, et la maladie frappe, tuant 50% des enfants avant l’âge de 2 ans. La créolisation devient alors l’unique solution, au détriment d’une ou deux générations. De nombreuses familles arrivent toutefois à échapper à cette évolution et trouvent un compromis qui respecte leurs traditions. Bien qu’isolées dans les canaux, elles sont en contact avec la civilisation, et s’accommode des avantages que celle-ci peut leur apporter. Le travail, l’artisanat, la vente de produits de culture, le commerce d’animaux exotiques, la coupe de bois précieux ou de palétuviers, l’exploitation du cœur de palmier, la vente de la chasse ou de la pêche, sont les principales activités qui leur permettront peut-être un jour d’acheter un moteur pour la pirogue, rêve de tout warao.

Si vous pénétrez dans les canaux, vous serez subjugué par cette insouciance de l’indien Warao, sa simplicité, cette vie où seul l’instant présent compte. Vos valeurs seront balayées par un mode de vie totalement différent, voir opposé, à ce que vous avez toujours appris.

La fabrication des pirogues. Le tronc de l’arbre choisi est en général coupé à plus d’un mètre du sol, pour disposer ainsi d’un fut parfaitement régulier et rectiligne. Le travail commence sur place, où la pirogue est taillée et creusée grossièrement. Quand celle-ci commence à prendre forme et que cette première taille la rendue plus légère, elle est traînée et poussée sur des rondins jusqu’au campement indigène, ou le travail de finition se fait. De petits trous percés dans ses flancs permettent d’en contrôler l’épaisseur, qui doit être homogène et égale sur toute la longueur. Lorsque la taille se termine, l’ouverture de la pirogue ne dépasse pas 20 ou 25 centimètres. L’embarcation est alors installée sur des fourches à 1 m du sol, et remplie de copeaux auxquels on met le feu. Un mouvement de roulis permet de chauffer le bois régulièrement, et de contrôler l’avance du feu pour éviter que le bois soit trop attaqué. Si une partie de la pirogue est trop attaquée par les flammes, un peu de terre glaise les éteint et protège ensuite cette partie. Sous l’action des flammes, le bois s’attendrit. La pirogue est retournée pour laisser échapper les copeaux enflammés, et des rondins de bois sont alors disposés tout au long et en travers de la pirogue, coincés perpendiculairement entre ses flancs. Une forte pression sur les rondins suffit alors à écarter, petit à petit, les flancs de l’embarcation. L’indien se met à tout moment dans l’axe de la pirogue pour vérifier sa symétrie, tapant ensuite sur tel ou tel rondin pour la corriger. Elle gardera en refroidissant sa nouvelle forme.