LA FLORE

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photo Philippe Lesné



Une flore variée et luxuriante

La flore est si étroitement liée au climat que celui-ci se devine grâce aux caractéristiques des plantes des différentes régions traversées. Les grandes zones climatiques sont ainsi nettement marquées, que ce soit par la présence de cactus, de savane, de palmes, de forêt tropicale, ou de grande forêt. L'altitude, liée au climat, permet de définir les grandes régions végétales du Venezuela.



De la forêt tropicale humide (rain forest), au désert de cactus

Les régions régulièrement arrosées tout au long de l'année, ou d'altitude supérieure à 800 m, sont principalement recouvertes d'une forêt dense, où se rencontrent les grands arbres nobles, de 30 à 40 mètres, voire dans certains cas de 60 m. Citons parmi les plus connus le Palissandre, le fromager, l'acajou, ou encore le ceiba (fromager) De 20 à 80 espèces arboricoles vivent dans ces forêts. La lumière y pénètre difficilement, les lianes, les plantes parasites, les épithètes, telle l'orchidée, y abondent.


Henris Pitier, grand naturaliste, nous décrit ainsi ces impressions : " Le premier contact avec la majestueuse forêt tropicale produit une impression indéfinie, mélange de peur et d'admiration. Les troncs immenses s'élèvent telles d'immenses colonnes pour se perdre dans une masse verte de feuillages. Ces imposants piliers sont presque constamment recouverts d'un épais manteau de plantes parasitaires et épithètes, et des plus hautes branches pendent une grande quantité de racines aériennes. S'il était possible de monter jusqu'à elles, nous rencontrerions un véritable jardin de bromélias, d'orchidées, et d'autres épithètes. En dessous de cette voûte se trouvent d'autres étages, formés par des arbres plus petits, parmi lesquels se trouvent en particulier les palmes. Le sous-bois obscur est un hallier presque impénétrable de petits arbustes et de broussailles. Les pieds s'enfoncent dans une couche de détritus végétaux, à l'odeur particulière, et dont l'humidité reste constante. Bien que sombres et ténébreux, ces paysages exercent sur le naturaliste une attraction irrésistible. "


La vivacité de cette nature est d'autant plus forte que celle-ci, en raison de l'absence de saison, est en perpétuelle croissance. Rien ne vient freiner cette soif de grandir et de s'étendre, cette frénésie sans fin. La difficulté de progression est bien entendu réelle, et personne ne saurait s'aventurer dans de telles contrées sans un guide local, armé de son inséparable machette. Les pistes à l'intérieur de ces forêts sont toutefois nombreuses, et entretenues en proportion avec leur fréquentation, l'usager étant son propre cantonnier. Les forêts de ce type se rencontrent dans la majeure partie de la région guyanaise, à l'exception de la Grande Savane, dans le delta de l'Orénoque, dans le Barlovento, dans certaines vallées de la cordillère côtière, et au sud du Lac de Maracaïbo.




Certaines forêts tropicales, situées à plus basse altitude, ou exposées aux vents secs, subissent la saison sèche de la même manière que nos forêts subissent l'hiver. Les arbres se mettent en repos, perdant leurs feuilles. Les grands arbres n'y dépassent pas 40 m, et l'on rencontre parmi eux le cèdre, le caoba, le roble, le saman. Les espèces épineuses y sont nombreuses. Ces forêts existent souvent comme zones de transition entre les forêts tropicales humides et les zones plus sèches où dominent les cactus.
Les régions exposées à une forte saison sèche se caractérisent par des espèces de petite taille, ne dépassant guère les 4 ou 5 m de haut, souvent armées d'épines redoutables. Les cactées y sont représentées par de nombreuses espèces, parmi lesquelles la tuna, qui abonde et rend toute progression délicate. Les espagnols défendaient les abords de leurs forts en plantant des tunas sur tout le périmètre extérieur. Les grands cactus cierges, aux bras s'élevant vers le ciel, peuvent atteindre 5 m de haut. Leurs épines remplacent la feuille afin d'éviter au maximum l'évaporation de l'eau. Les autres arbustes présents possèdent en général, et pour la même raison, de petites feuilles. Dans les régions les plus arides, l'alöe, ou sabila, s'étend en colonies parfois impressionnantes. Connues pour ses valeurs nourrissantes de l'épiderme et du cuir chevelu, on la trouve aussi comme plante porte-bonheur dans bien des maisons.
L'araguaney, arbre symbole du Venezuela, est quant à lui presque partout présent. Il ne craint pas les zones sèches et parsème la campagne de grandes taches jaunes. Le flamboyant aux couleurs orangées décore de nombreuses places de village, tandis que l'hibiscus aux grandes fleurs jaune, rouges où rose, agrémente plutôt les jardins.



Les grands plateaux andins, connus sous le nom de paramos, possèdent quant à eux une espèce unique, le frajelone. Celui-ci se protège des températures extrêmes par un véritable manteau de longs poils végétaux. Il grandit d'un cm par an, et peut dépasser les deux mètres.
Les immenses tepuys, protégés du monde extérieur par leurs falaises, sont des écosystèmes uniques au monde. Leur flore, de petite taille, reste à découvrir. Dans les 15 dernières années, plus de 140 espèces inconnues y ont été recensées.



Sur la côte, vous ne compterez plus les plages bordées de cocotiers, stéréotype classique des côtes caraïbes et des mer chaudes, mais dont on ne se lasse pas. Sur le bord des lagunes, ou à la sortie des deltas, vous trouverez les immenses mangroves. Les palétuviers avancent de leurs longues racines aériennes vers la mer. Leur longue graine plombée, la seule à germer alors qu'elle est encore dans l'arbre, se détache lors de la venue de sa première feuille, et vient se planter à quelques mètres du tronc. Les racines sortent, retiennent les sédiments, et l'arbre grandit, contribuant à son tour à faire reculer la mer. Dans les vallées qui descendent de la cordillère côtière pour se jeter en mer, les plantations de cacao sont les témoins de quatre siècles de colonisation. Des arbres immenses, plantés à l'origine de la plantation, étendent une ombre bienfaisante sur les cacaotiers. Ces géants, non productifs mais nécessaires au bien être et à la croissance des fruits, déploient leur bras à plus de 10 mètres du tronc principal. En bordure des chemins qui traversent la plantation, l'arbre à pain étonne par ses larges feuilles et ses gros fruits. Importé d'Océanie après bien des déboires, comme en témoigne l'aventure du Bounty, il fut à la base de l'alimentation de milliers d'esclaves. Plus en hauteur, le même schéma se répète avec les plantations de café. Un autre géant, l'arbre Bucare, de son nom latin Erythrina glauca, est le père de la plantation Il couvre de son ombre les plants de caféier, tandis que ses racines courent dans toutes les directions, à moins d'un mètre de profondeur, sur plus de cinquante mètres, dispensant à la terre l'humidité nécessaire à la vie du caféier.



La description de la flore ne saurait être complète sans parler des innombrables fruits que l'on rencontre ici. Les manguiers offrent plus de 10 variétés de mangues, les bananes existent dans toutes les tailles, depuis la petite dont on ne fait qu'une bouchée, jusqu'à la banane plantain, le platano, qui se cuisine et que l'on retrouve dans la plupart des plats. Vous pourrez boire tous les jus de fruits inimaginables, depuis celui de lechosa, ou papaye, a celui de goyave, en passant par celui de melon, de pastèque, ou de fruit de la passion.
Si le pays rassemble une flore si diverse, vous serez étonné de sa représentation dans les grandes villes. Les balcons et les fenêtres sont couverts de petits palmiers, fougères arborescentes, orchidées, plantes grimpantes etc. Certaines fenêtres disparaissent littéralement dans cette verdure. Dans les cités abritant plusieurs blocs d'immeubles, il est possible d'indiquer quels furent les premiers construits en comparant la quantité et la taille des plantes vertes qui ornent leur balcons. Un tel amour des plantes ne peut que forcer l'admiration. Il est vrai aussi qu'il n'y a pas ici de plantes à rentrer pour les longs mois d'hivers.


Les dangers de certaines plantes

Les plantes à épines sont nombreuses. En règle générale, lorsque vous progressez en forêt, ne touchez à aucune plante ou tronc d'arbre avant d'être sûr que celui-ci n'est pas épineux, ou n'abrite pas une colonie de fourmis ou d'autre insecte qui pourrait vous être désagréable. Sur la plage méfiez-vous du manzanillo. Petit arbre trés pratique pour attacher son hamac, il cache dans ses veines une sève trés acide. Inoffensif en saison sèche, à éviter quand ses feuilles poussent. Couper juste une de ses petites feuilles suffit à faire couler la sève. Toujours sur les plages, faites attention aux cocotiers. Ils sont en général exploités et les noix de coco mûres sont cueillies avant qu'elles ne tombent naturellement. Mais ce n'est pas toujours le cas. Levez donc la tête avant d'installer votre drap de plage. Enfin, dans les terrains secs et arides, méfiez-vous de la tuna, petit cactus en forme de boule et aux longues épines. On ne regarde jamais suffisamment ses pieds lorsque l'on marche dans un tel terrain, et les épines, recourbées à leur pointe pour mieux rester accrochées, sont plus faciles à éviter qu'à retirer.


Un paradis pour la recherche pharmaceutique

Vivre en forêt tropicale n'est pas sans danger pour l'homme. Pourtant, les indiens eux-mêmes nous apprennent que celle-ci est à même de guérir la plupart des maux qu'elle provoque. L'exemple nous en ait donné par le Delta de l'Orénoque, que couvre une forêt luxuriante, mais ou l'humidité associée aux mauvaises conditions de vie de ses habitants, peut provoquer à la longue des maladies des bronches, de peau, ou même, dans certains cas extrêmes, le choléra.
Les waraos, habitants de ces contrées, accumulèrent une foule de connaissances, fabriquant des remèdes végétaux réputés à la fois dans leurs communautés, mais aussi dans les villages créoles proches du delta. Un des plus connus est certainement l'huile de Ceje, élaborée selon un long processus à partir de la graine trés grasse de ce palmier, et apte à soigner les problèmes d'asthme. Fumer ou respirer les fumées dégagées par une résine blanche, fortement mentholée, soigne tous problèmes de bronches ou de grippe. Une longue feuille portée en bandeau sur votre front éliminera rapidement votre migraine. La martiniqua, petit arbuste aux feuilles semblables à celle du chataigner, stoppera votre diarrhée, et ira même jusqu'à stopper un début de choléra. L'arbre à huile, au tronc étonnamment creux et rempli d'huile, fournit un cicatrisant puissant. Le lacre, petit arbuste à la résine orangée, vous guérira de problèmes de peaux tels que l'eczéma. Enfin, les magnifiques arômes, que l'on trouve sur les berges des canaux, soignent paraît-il, toute morsure de serpent.
L'arrivée des médicaments et l'aide médicale remplacent malheureusement petit à petit ces remèdes naturels, dont la connaissance court le risque de se perdre et sombrer dans l'oubli.