Une
flore variée et luxuriante
La flore est si étroitement liée au climat que
celui-ci se devine grâce aux caractéristiques des
plantes des différentes régions traversées.
Les grandes zones climatiques sont ainsi nettement marquées,
que ce soit par la présence de cactus, de savane, de
palmes, de forêt tropicale, ou de grande forêt.
L'altitude, liée au climat, permet de définir
les grandes régions végétales du Venezuela.

De la forêt tropicale humide (rain forest), au désert
de cactus
Les régions régulièrement arrosées
tout au long de l'année, ou d'altitude supérieure
à 800 m, sont principalement recouvertes d'une forêt
dense, où se rencontrent les grands arbres nobles, de
30 à 40 mètres, voire dans certains cas de 60
m. Citons parmi les plus connus le Palissandre, le fromager,
l'acajou, ou encore le ceiba (fromager) De 20 à 80 espèces
arboricoles vivent dans ces forêts. La lumière
y pénètre difficilement, les lianes, les plantes
parasites, les épithètes, telle l'orchidée,
y abondent.

Henris Pitier, grand naturaliste, nous décrit
ainsi ces impressions : " Le premier contact avec
la majestueuse forêt tropicale produit une impression
indéfinie, mélange de peur et d'admiration.
Les troncs immenses s'élèvent telles d'immenses
colonnes pour se perdre dans une masse verte de feuillages.
Ces imposants piliers sont presque constamment recouverts
d'un épais manteau de plantes parasitaires et
épithètes, et des plus hautes branches
pendent une grande quantité de racines aériennes.
S'il était possible de monter jusqu'à
elles, nous rencontrerions un véritable jardin
de bromélias, d'orchidées, et d'autres
épithètes. En dessous de cette voûte
se trouvent d'autres étages, formés par
des arbres plus petits, parmi lesquels se trouvent en
particulier les palmes. Le sous-bois obscur est un hallier
presque impénétrable de petits arbustes
et de broussailles. Les pieds s'enfoncent dans une couche
de détritus végétaux, à
l'odeur particulière, et dont l'humidité
reste constante. Bien que sombres et ténébreux,
ces paysages exercent sur le naturaliste une attraction
irrésistible. "
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La vivacité de cette nature est d'autant plus forte que
celle-ci, en raison de l'absence de saison, est en perpétuelle
croissance. Rien ne vient freiner cette soif de grandir et de
s'étendre, cette frénésie sans fin. La
difficulté de progression est bien entendu réelle,
et personne ne saurait s'aventurer dans de telles contrées
sans un guide local, armé de son inséparable machette.
Les pistes à l'intérieur de ces forêts sont
toutefois nombreuses, et entretenues en proportion avec leur
fréquentation, l'usager étant son propre cantonnier.
Les forêts de ce type se rencontrent dans la majeure partie
de la région guyanaise, à l'exception de la Grande
Savane, dans le delta de l'Orénoque, dans le Barlovento,
dans certaines vallées de la cordillère côtière,
et au sud du Lac de Maracaïbo.

Certaines forêts tropicales, situées à plus
basse altitude, ou exposées aux vents secs, subissent
la saison sèche de la même manière que nos
forêts subissent l'hiver. Les arbres se mettent en repos,
perdant leurs feuilles. Les grands arbres n'y dépassent
pas 40 m, et l'on rencontre parmi eux le cèdre, le caoba,
le roble, le saman. Les espèces épineuses y sont
nombreuses. Ces forêts existent souvent comme zones de
transition entre les forêts tropicales humides et les
zones plus sèches où dominent les cactus.
Les régions exposées à une forte saison
sèche se caractérisent par des espèces
de petite taille, ne dépassant guère les 4 ou
5 m de haut, souvent armées d'épines redoutables.
Les cactées y sont représentées par de
nombreuses espèces, parmi lesquelles la tuna, qui abonde
et rend toute progression délicate. Les espagnols défendaient
les abords de leurs forts en plantant des tunas sur tout le
périmètre extérieur. Les grands cactus
cierges, aux bras s'élevant vers le ciel, peuvent atteindre
5 m de haut. Leurs épines remplacent la feuille afin
d'éviter au maximum l'évaporation de l'eau. Les
autres arbustes présents possèdent en général,
et pour la même raison, de petites feuilles. Dans les
régions les plus arides, l'alöe, ou sabila, s'étend
en colonies parfois impressionnantes. Connues pour ses valeurs
nourrissantes de l'épiderme et du cuir chevelu, on la
trouve aussi comme plante porte-bonheur dans bien des maisons.
L'araguaney, arbre symbole du Venezuela, est quant à
lui presque partout présent. Il ne craint pas les zones
sèches et parsème la campagne de grandes taches
jaunes. Le flamboyant aux couleurs orangées décore
de nombreuses places de village, tandis que l'hibiscus aux grandes
fleurs jaune, rouges où rose, agrémente plutôt
les jardins.
Les grands plateaux andins, connus sous le nom de paramos, possèdent
quant à eux une espèce unique, le frajelone. Celui-ci
se protège des températures extrêmes par
un véritable manteau de longs poils végétaux.
Il grandit d'un cm par an, et peut dépasser les deux
mètres.
Les immenses tepuys, protégés du monde extérieur
par leurs falaises, sont des écosystèmes uniques
au monde. Leur flore, de petite taille, reste à découvrir.
Dans les 15 dernières années, plus de 140 espèces
inconnues y ont été recensées.
Sur la côte, vous ne compterez plus les plages bordées
de cocotiers, stéréotype classique des côtes
caraïbes et des mer chaudes, mais dont on ne se lasse pas.
Sur le bord des lagunes, ou à la sortie des deltas, vous
trouverez les immenses mangroves. Les palétuviers avancent
de leurs longues racines aériennes vers la mer. Leur
longue graine plombée, la seule à germer alors
qu'elle est encore dans l'arbre, se détache lors de la
venue de sa première feuille, et vient se planter à
quelques mètres du tronc. Les racines sortent, retiennent
les sédiments, et l'arbre grandit, contribuant à
son tour à faire reculer la mer. Dans les vallées
qui descendent de la cordillère côtière
pour se jeter en mer, les plantations de cacao sont les témoins
de quatre siècles de colonisation. Des arbres immenses,
plantés à l'origine de la plantation, étendent
une ombre bienfaisante sur les cacaotiers. Ces géants,
non productifs mais nécessaires au bien être et
à la croissance des fruits, déploient leur bras
à plus de 10 mètres du tronc principal. En bordure
des chemins qui traversent la plantation, l'arbre à pain
étonne par ses larges feuilles et ses gros fruits. Importé
d'Océanie après bien des déboires, comme
en témoigne l'aventure du Bounty, il fut à la
base de l'alimentation de milliers d'esclaves. Plus en hauteur,
le même schéma se répète avec les
plantations de café. Un autre géant, l'arbre Bucare,
de son nom latin Erythrina glauca, est le père de la
plantation Il couvre de son ombre les plants de caféier,
tandis que ses racines courent dans toutes les directions, à
moins d'un mètre de profondeur, sur plus de cinquante
mètres, dispensant à la terre l'humidité
nécessaire à la vie du caféier.
La description de la flore ne saurait être complète
sans parler des innombrables fruits que l'on rencontre ici.
Les manguiers offrent plus de 10 variétés de mangues,
les bananes existent dans toutes les tailles, depuis la petite
dont on ne fait qu'une bouchée, jusqu'à la banane
plantain, le platano, qui se cuisine et que l'on retrouve dans
la plupart des plats. Vous pourrez boire tous les jus de fruits
inimaginables, depuis celui de lechosa, ou papaye, a celui de
goyave, en passant par celui de melon, de pastèque, ou
de fruit de la passion.
Si le pays rassemble une flore si diverse, vous serez étonné
de sa représentation dans les grandes villes. Les balcons
et les fenêtres sont couverts de petits palmiers, fougères
arborescentes, orchidées, plantes grimpantes etc. Certaines
fenêtres disparaissent littéralement dans cette
verdure. Dans les cités abritant plusieurs blocs d'immeubles,
il est possible d'indiquer quels furent les premiers construits
en comparant la quantité et la taille des plantes vertes
qui ornent leur balcons. Un tel amour des plantes ne peut que
forcer l'admiration. Il est vrai aussi qu'il n'y a pas ici de
plantes à rentrer pour les longs mois d'hivers.
Les dangers de certaines plantes
Les plantes à épines sont nombreuses. En règle
générale, lorsque vous progressez en forêt,
ne touchez à aucune plante ou tronc d'arbre avant d'être
sûr que celui-ci n'est pas épineux, ou n'abrite
pas une colonie de fourmis ou d'autre insecte qui pourrait vous
être désagréable. Sur la plage méfiez-vous
du manzanillo. Petit arbre trés pratique pour attacher
son hamac, il cache dans ses veines une sève trés
acide. Inoffensif en saison sèche, à éviter
quand ses feuilles poussent. Couper juste une de ses petites
feuilles suffit à faire couler la sève. Toujours
sur les plages, faites attention aux cocotiers. Ils sont en
général exploités et les noix de coco mûres
sont cueillies avant qu'elles ne tombent naturellement. Mais
ce n'est pas toujours le cas. Levez donc la tête avant
d'installer votre drap de plage. Enfin, dans les terrains secs
et arides, méfiez-vous de la tuna, petit cactus en forme
de boule et aux longues épines. On ne regarde jamais
suffisamment ses pieds lorsque l'on marche dans un tel terrain,
et les épines, recourbées à leur pointe
pour mieux rester accrochées, sont plus faciles à
éviter qu'à retirer.

Un paradis pour la recherche pharmaceutique
Vivre
en forêt tropicale n'est pas sans danger pour l'homme.
Pourtant, les indiens eux-mêmes nous apprennent que celle-ci
est à même de guérir la plupart des maux
qu'elle provoque. L'exemple nous en ait donné par le
Delta de l'Orénoque, que couvre une forêt luxuriante,
mais ou l'humidité associée aux mauvaises conditions
de vie de ses habitants, peut provoquer à la longue des
maladies des bronches, de peau, ou même, dans certains
cas extrêmes, le choléra.
Les waraos, habitants de ces contrées, accumulèrent
une foule de connaissances, fabriquant des remèdes végétaux
réputés à la fois dans leurs communautés,
mais aussi dans les villages créoles proches du delta.
Un des plus connus est certainement l'huile de Ceje, élaborée
selon un long processus à partir de la graine trés
grasse de ce palmier, et apte à soigner les problèmes
d'asthme. Fumer ou respirer les fumées dégagées
par une résine blanche, fortement mentholée, soigne
tous problèmes de bronches ou de grippe. Une longue feuille
portée en bandeau sur votre front éliminera rapidement
votre migraine. La martiniqua, petit arbuste aux feuilles semblables
à celle du chataigner, stoppera votre diarrhée,
et ira même jusqu'à stopper un début de
choléra. L'arbre à huile, au tronc étonnamment
creux et rempli d'huile, fournit un cicatrisant puissant. Le
lacre, petit arbuste à la résine orangée,
vous guérira de problèmes de peaux tels que l'eczéma.
Enfin, les magnifiques arômes, que l'on trouve sur les
berges des canaux, soignent paraît-il, toute morsure de
serpent.
L'arrivée des médicaments et l'aide médicale
remplacent malheureusement petit à petit ces remèdes
naturels, dont la connaissance court le risque de se perdre
et sombrer dans l'oubli.