Une tribu de guerriers caribes est remontée
de la mer et sest installée dans une grande
vallée de 25 km de long, à 900 mètres
daltitude. Le long des rivières pousse lAmaranthus
dubius, une herbe sauvage, que les indiens appellent el
Caracas, et dont ils adoptent le nom pour désigner
leur tribu. Au 16ème siècle, les conquistadores
fouillent toute la cordillère côtière,
à la recherche de mines dor dont lexistence
ne saurait être mise en doute. En 1560, Francisco
Fajardo établi dans la vallée une petite ferme,
du nom de San Francisco. En 1567, une petite expédition,
menée par Diego de Losada, arrive exténuée
en vue de la vallée. Elle vient de traverser le territoire
hostile du cacique Guaicaipuro et de ses indiens Teques.
Nous sommes à Pâques et le nom de Valle de
la Pascua est tout indiqué pour baptiser cet havre
de paix où lexpédition trouve enfin
le repos. Le 25 juillet 1567, Diego de Losada prend officiellement
possession de la vallée, selon les termes habituels
: « Je prends possession de cette terre, au nom de
Dieu, de Sa Majesté le Roi, et de la nation espagnole
». Avec cette déclaration, la ville de Santiago
de Leon de Caracas est née. Le choix de la vallée
pour la création de Caracas répond à
des normes établies par le gouvernement espagnol
: on demande aux fondateurs de villes dans le nouveau monde
que les emplacements choisis naffectent pas les tribus
indiennes, quils disposent dune bonne alimentation
en eau, que lélimination des déchets
puisse y être organisée, et quenfin le
potentiel dextension y soit fort. Quand on sait que
la ville compte aujourdhui plus de 4 millions dhabitants,
on voit que Diego de Loranza à très bien évalué
le 4ème point, et que les recommandations du gouvernement
espagnol étaient loin dêtre innocentes.
Les premières rues seront tracées méticuleusement,
en tenant compte des vents et de lalimentation en
eau, comme de la provenance des matériaux de construction.
Le quadrillage est quant à lui digne dun jeu
déchec.
La première carte de la ville remonte à 1578,
et comprends quelques 25 pâtés de maisons.
Y habitent 60 familles, dont 14 ont étés fondées
par les compagnons de Diego de Losada. Le noyau de la future
capitale est compris entre ce que nous nommons aujourdhui
las esquinas de Cuartel Viejo, de Abanico, du Doctor Diaz,
et de La Gorda. Au centre se trouve la place Bolivar, originellement
appellée Plaza Mayor. Une esquina est le carrefour
qui sépare 2 pâtés de maisons. Les rues
ne portent à leurs origines aucun nom. La ville sétend
par bloc de maisons et chaque bloc se distingue par les
esquinas qui lentourent. Ainsi, telle personne habitera
entre telle et telle esquina. De même, ces carrefours
portent des noms liés à lépoque
de leur création, et lon pourrait presque suivre,
en partant de la vieille ville, lhistoire de Caracas.
Ce patrimoine historique, lié aux noms, sera en grande
partie détruit, à partir des années
quarante, par une très forte augmentation de la population.
En un demi siècle, la ville va passer de 400.000
à plus de 4 millions dhabitants. La ville coloniale
est partiellement détruite et reconstruite, et avec
elle disparaissent les esquinas représentatives dune
époque déjà lointaine. Pourtant, Caracas
saccroche à son passé et Santiago de
leon continue à survivre derrière les quartiers
daffaires et les blocs dimmeubles, comme dans
le centre, autour de linévitable place Bolivar.
La ville a grandi douest en est, envahissant peu à
peu toute la vallée, sortant des limites du District
Fédéral pour sétendre dans le
District Sucre de lEtat Miranda. La majorité
des hauteurs avoisinantes, oubliées dans un premier
temps par les promoteurs immobiliers, se sont couvertes
de ranchos, des bidonvilles plus où moins modernes
selon leur date de création. La nuit, les montagnes
qui entourent la ville silluminent de millions dampoules,
tels dimmenses sapins de noël, témoins
de la pauvreté qui sest installée aux
portes de la ville. Le centre ville et ses grands immeubles
suit le centre de la vallée, avec ses quartiers chics,
ses quartiers populaires, et ses centres daffaires.
Le centre ville est tantôt coloré et commerçant,
tantôt organisé et travailleur, tantôt
riche ou tantôt pauvre. Mais partout, il est vivant
et bruyant, parcouru de vieux taxis et dautobus pétaradant,
livré à une activité intense qui ne
se calmera quà la nuit. Larchitecture
ne répond apparemment à aucune ligne de conduite.
Dans ce paradis des architectes, qui peuvent laisser libre
cours à leur imagination, les constructions hétéroclites
se suivent sans se ressembler. Les autoroutes traversent
la ville au centre de la vallée et sur ses contours,
alignant plusieurs niveaux de ponts suspendus aux carrefours
des grands axes. Vous aurez une meilleur idée de
ces carrefours quand vous saurez que lun dentre
eux sappelle La Arana, laraignée, lautre
El Pulpo, le poulpe, et le dernier El Cienpiés, le
mille-pattes. Les grandes avenues suivent elles aussi les
grands axes, et seul le métro, réputé
pour être lun des plus modernes au mondes, permet
déchapper de temps en temps à cette
immense fourmilière rythmée par les sirènes
dune police américanisée.
Le touriste européen et non prévenu est souvent
désorienté par une organisation quil
ne comprend pas. La ville mérite pourtant dêtre
connue, visitée, et surtout vécue. Il vous
faudra pour cela vous en imprégner, vous y fondre,
et partager avec ses habitants leur vie de tous les jours.